SANDOR FERENCZI UNE BRÈVE NOTE INEDITE.
Présentée par Judith Dupont
Tout au long de sa carrière de psychanalyste, Sandor Ferenczi a rédigé un grand nombre de notes ou notations brèves: des observations cliniques, des idées théoriques, des éclairs d´intuition, des bribes d´auto-analyse.
Ces petites notes ou articles courts de Ferenczi vont de quelques lignes, comme les cinq lignes de la “Recherche compulsive d´étymologie” ou les “Effets psychiques des bains de soleil” jusqu´á quelques pages comme “La psychologie du conte” ou les “Rêves des non-initiés”.
Tout au long de sa vie, il a aussi accumulé les notes très personnelles: un carnet de notes, le Journal clinique désormais publié, des feuilles éparses. Une partie de ces papiers a été retrouvée après sa mort, dans sa maison détruite par une bombe au cours du siège de Budapest. Ála fin du siège, une collègue hongroise, Mme Ilona Felszeghy, a traversé á pied le Danube gelé, puisque tous les ponts avaient sauté; elle a ramassé tous les papiers qui traînaient par terre au milieu des décombres, puis, le moment venu, a remis l´ensemble á Michael Balint, exécuteur littéraire de Sandor Ferenczi. Celui-ci en a publié un certain nombre dans les CEuvres complètes de Ferenczi sous le titre de « Notes et Fragments ».
It s´est abstenu de publier les textes qui lui paraissaient trop fragmentaires pour être compréhensibles. Car, á I´époque, Ferenczi était considéré comme un auteur « suspect », décrit par Jones comme un malade mental, rejeté par Freud et par la communauté analytique. Depuis lors, I´mage que les psychanalystes se font de Ferenczi a considérablement évolué. Les allégations de Jones sont mises en doute, les idées de Ferenczi rencontrent de plus en plus les préoccupations actuelles de la communauté psychanalytique. Aussi, certaines de ces notes que Balint estimait impubliables peuvent, malgré leur contenu d´allure parfois sibylline, stimuler 1´imagination du lecteur de nos jours. De fait, bon nombre de notations du Journal clinique pourraient également rentrer dans cette catégorie de notes brèves peu explicitées, manifestement jetées sur papier pour un usage purement personnel, mais constituant néanmoins un point de départ intéressant pour la pensée. La note que je vous communique ici provient de son carnet de notes dont je ne peux pas vous dire avec certitude s´il est parvenu entre les mains de Balint par Mme Felszeghy ou s´il lui a été remis par Gizella Ferenczi en même temps que le Journal clinique et les lettres de Freud.
Ce seul des cahiers de notes de Ferenczi nous est donc parvenu ; il contient des notes jetées sur le papier á la va-vite, avec des abréviations souvent indéchiffrables. Elles sont rédigées en plusieurs langues. On y trouve des notes en allemand; certaines prises lors d´exposés de Freud. D´autres, également en allemand, pourraient représenter le plan d´un ouvrage á venir, qui n´a jamais vu le jour. D´autres sont en hongrois, parfois en anglais, avec, ici et là, des mots français, latins, grecs, yiddish. On y trouve également des remarques qui paraissent concerner des patients. Une note, datée de décembre 1926, écrite en hongrois, mais avec quelques mots en français, concerne manifestement un rêve et son analyse, suivie d´une autre description de rêve avec son analyse, datant de décembre 1928.
Les notes se suivent en désordre dans le cahier : après certaines datant de 1926 et 1928, on en trouve une, datée de février 1916 ; puis une note intitulée « idée » ; ensuite, toute une série de notes, toutes en hongrois, concernant des rêves, des idées faisant suite á des remarques faites par des proches ou par des patients. Bon nombre d´entre elles datent des mois d´avril et de mai, mais 1´année n´est pas précisée...
Ferenczi a donc laissé traîner une profusion d´idées et d´impressions débutantes, in statu nascendi, hâtivement jetées sur papier, pour qu´il en advienne que pourra: qu´on les trouve, qu´on les jette, qu´elles se perdent ou qu´elles soient utilisées par d´autres. Il y a là une certaine générosité, voire une certaine prodigalité, qui semblent constitutives de la personnalité de Ferenczi.
Judith Dupont
Le 27 mars
Rougir = tentative de se cacher, «maquillage», matérialisation d´une couche protectrice 1) explication, par exemple se cacher pour qu´on ne me voie pas. Narrenkappe (marotte de fou) fabriqué par voie vasomotrice, 2) en rapport avec les yeux pudiquement baissés et la tète baissée: se cacher pour ne pas voir moi-même -politique d´autruche, 3) épaississement et durcissement de la peau dans un but d´insensibilisation; les pincements, les piqûres ne font pas mal si je suis enveloppé dans un foulard; toute surface cutanée plus sensible, irritée, s´épaissit: cor au pied (psychanalyse des maladies dermatologiques: la sensibilité de la surface cutanée symbolise la sensibilité psychique). En fait, la surface cutanée est aussi une surface limitant la personnalité, donc 1´individu psychique. L´épaississement de la couche protectrice protège contre 1´agression extérieure. Ainsi la fourrure ou les écailles du mammouth, du crocodile, de 1´ananas, du palmier. La personne impudique a «le cuir épais», la personne revêche a le cœur [textuellement] poilu [c´est-á-dire, en français, un cœur de pierre]. La surface psychique est une formation secondaire: la protection géométrique de la surface corporelle (centres cérébraux).
La conception de Freud á propos de la pilosité génitale; á propos de 1´hymen de la femme comme tissu protecteur; les deux sont des formations humaines au service de la pudeur. Les animaux n´ont pas de pilosité génitale ni d´hymen. Et leurs organes génitaux sont même signalés par des couleurs provocantes qui attirent 1´attention. La pilosité de 1´homme appartient en fait á la féminité = signe de pudeur. Le pénis n´a pas de poils = autrement dit, est impudique.
Le rôle de la découverte du feu : le rougissement humain.
Rentrer sous terre de honte [hongrois : couler] .
Transposition de 1´érection á la terre?
Tentative de retour vers une surface cutanée ancestrale, insensible?.
D´avant le développement des organes des sens ? Quels sont les endroits hypersensibles de la peau?
Impudique = impudent [1´étymologie hongroise de ces deux termes implique 1´oeil] : celui qui se comporte comme s´il n´avait pas de surfaces voyantes, sensibles.
Ref : Nº 9 L’artefact
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